Carnet de route

Cascade de Glace

Le 28/01/2015 par Durantet Bernard

Cascade de Glace – Haute Tarentaise- 24 et 25 Janvier 2015

Les  doigts se crispent sur les piolets. Les pointes avant mordent la glace sur… un centimètre? Ca va tenir. Il faut que ça tienne… Mais… si ça ripe ?

Ça a tenu. J’ai remonté mes deux piolets. J’ai gagné un mètre. C’est une petite victoire. Une grande fierté.Une cascade se construit ainsi, mètre après mètre, sans penser au suivant. Bien sûr, en second, l’adrénaline est amortie. Mais quand même.

La cascade du Mone est un canyon : une succession de  7 ressauts plus ou moins verticaux, entrecoupés de courtes  pentes de neige. Le rocher n’est jamais loin, ce qui permet des relais béton. A moi, qui n’y connait rien, la glace ne me parait pas mauvaise mais par endroits elle est si fine qu’on voit l’eau qui coule en dessous. Parfois au contraire, elle est épaisse, sculptée et permet de crocheter les piolets sans frapper et ménage de bonnes (!) marches pour les pieds.

La troisième longueur est la plus belle : longue (50 mètres) et flirte parfois avec la verticale. La glace est plaquée sur une grande dalle lisse. Les dégaines me paraissent bien éloignées, et pour le coup, je n’ai jamais été aussi heureux de grimper en second!

La longueur suivante est aussi très belle, serrée entre  les parois du canyon. La glace me parait plus dure. Je profite de cette longueur pour poser quelques broches pour la cordée suivante, car le guide a tendance à aérer les protection. Brocher demande la bonne technique et  une bonne dose de confiance en soi, et comme je n’ai ni l’un ni l’autre,  je m’énerve,  je fatigue,  je panique, et au prix où ça coute je ne veux pas les échapper. Mais je finis quand même par les poser ces maudites broches. J’en suis quitte pour une main gelée car j’ai quitté un gant pour être plus habile. Et  impossible de poser une broche si elle n’est pas vidée de sa carotte de glace du brochage précédent.

Les longueurs suivantes sont plus couchées. Comme c’est plus facile,  Dominique, le guide, me propose de grimper en tête. J’accepte mais je  négocie quand même que sa cordée passe devant et  me laisse les broches en place. Il ne doute de rien. Moi si ! Concentration maximum. Attentif à toutes les sensations : l’accroche des piolets, des crampons, l’équilibre; c’est intense, c’est grisant,  on y prend très vite gout !

Le dimanche, nous partons aux cascades de La Gurraz. Des colonnes, des draperies : les cascades se succèdent dans ce petit bout de vallée. La nôtre n’a pas de nom, elle est assez redressée, et même si elle s’orne de belles draperies qui coulent d’un surplomb, elle ne me parait pas très sympathique. Le guide confirme : c’est un autre niveau que la veille.

La glace n’est pas top. Dominique doit purger souvent et louvoyer pour trouver de la bonne glace. Il veut relayer  au surplomb, mais l’endroit ne lui convient pas, et continue en évitant le surplomb par la droite. Mais là, la glace est mauvaise et il repart à gauche, pour reprendre la ligne,  jusqu’à la bonne glace. Relais sur deux broches. En bas, nous sommes en bout de corde : la longueur  fait 55 mètres.

Je pars. Jusqu’à la grotte du surplomb, ça va à peu près. Traversée à droite. Mais ensuite la glace est pourrie et mal plaquée sur le rocher. Le bruit est caractéristique : il y a de l’air là-dessous. Traversée à gauche. Là, au contraire, la glace semble très dure, c’est rassurant, mais les piolets ont tendance à rebondir si on ne frappe pas dans l’axe. Le relais ! Sauvé !

Pour ménager de la place pour le groupe,  Dominique quitte vite ce relais pour en installer un autre en limite de la glace, sur des arbustes qui ont grandi là on ne sait comment malgré les conditions hostiles. Je me retrouve pendu  à deux ou trois branches, assis sur une minuscule vire en glace que je partage avec mes piolets, les pieds posés sur deux ou trois branchages qui plient sous mon poids.  Le ciel s’est couvert, il neigeote, il fait froid, je grelotte, les conditions sont quasi hivernales : c’est l’hiver; c’est un peu ce que nous avons cherché.

La seconde longueur est plus courte mais bien redressée. La glace est dure, lisse: il faut frapper fort, et surtout juste, pour créer ses prises. Ca me parait long maintenant; pour continuer il faut le désir de réussir et la capacité à dominer sa peur.Mais la glace franche procure un heureux sentiment de sécurité. Puis  la paroi se couche; relais !

Il faudra encore batailler un bon moment, le temps que tout le monde arrive, contre le froid, les cordes qui gèlent, les mousquetons coincés. Installer le rappel, assurer les copains, partager quelques graines durcies par le froid…

Un premier rappel, puis un second, de soixante mètres, sur les magnifiques mais fragiles draperies. Nous laissons en souvenir une corde toute neuve sans doute rigidifiée par le gel et qui n’a pas souhaité redescendre.

                                                               ° ° ° ° °

Ensuite c’est l’euphorie, la joie qui réchauffe, avant, demain, le retour au quotidien.

Mention spéciale à ceux qui ont sorti en tête les longueurs difficiles.

Dominique Maillot (guide de Haute Montagne), Yves, Jean-François, Vincent, Damien, Bernard.

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